La gestion des risques ne se limite pas à une phase particulière de l'existence de l'entreprise. Elle s'inscrit dans une démarche continue qui accompagne l'organisation depuis sa conception jusqu'à son développement le plus mature. À chaque étape du cycle de vie entrepreneurial, de nouvelles vulnérabilités émergent, nécessitant une vigilance constante et des approches adaptées.
1. Avant la création : l'analyse des risques lors de l'élaboration du Business Plan
Le business plan constitue le premier terrain d'exercice de la gestion des risques. Avant même que l'entreprise ne voie le jour, cette étape fondatrice permet d'anticiper les obstacles potentiels et de construire un modèle économique résilient.
Les risques à identifier en phase de conception
- Risques de marché : Existe-t-il une demande réelle pour le produit ou service envisagé ? Le marché est-il saturé ou en déclin ? Quelle est la sensibilité aux variations économiques ?
- Risques financiers : Les hypothèses de rentabilité sont-elles réalistes ? Les besoins en trésorerie sont-ils correctement évalués ? Quels sont les risques de sous-capitalisation ?
- Risques opérationnels : Les compétences nécessaires sont-elles disponibles ? La chaîne d'approvisionnement est-elle fiable ? Les processus sont-ils maîtrisables ?
- Risques juridiques et réglementaires : Le projet est-il conforme aux réglementations en vigueur ? Existe-t-il des barrières légales à l'entrée ? Les droits de propriété intellectuelle sont-ils protégés ?
- Risques humains : L'équipe fondatrice possède-t-elle les compétences complémentaires nécessaires ? Existe-t-il une dépendance excessive à une personne clé ?
L'importance de l'analyse de sensibilité
Cette approche rigoureuse en amont évite de nombreux échecs entrepreneuriaux. Elle permet également de mieux convaincre les investisseurs potentiels en démontrant une compréhension approfondie des défis à relever et des stratégies d'atténuation envisagées.
2. Lors de l'élaboration de la stratégie : intégrer les risques au plan stratégique
La planification stratégique définit l'orientation à long terme de l'entreprise. C'est à ce moment que l'organisation fixe ses objectifs ambitieux, identifie ses axes de développement et alloue ses ressources. Ignorer les risques à ce stade reviendrait à naviguer en pleine mer sans carte ni boussole.
L'analyse SWOT comme outil de gestion des risques
L'analyse SWOT (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces) constitue un outil privilégié pour intégrer la dimension risque dans la stratégie. Les menaces identifiées représentent des risques externes (évolution réglementaire, nouveaux entrants, obsolescence technologique), tandis que les faiblesses pointent vers des vulnérabilités internes (dépendance à un fournisseur unique, manque de compétences, systèmes informatiques vieillissants).
Cartographie des risques stratégiques
Au-delà de l'analyse SWOT, la cartographie des risques stratégiques permet de hiérarchiser les menaces selon deux critères : leur probabilité d'occurrence et leur impact potentiel sur l'organisation. Cette matrice visualise les risques critiques qui nécessitent une attention prioritaire et des plans d'action spécifiques.
- Risques concurrentiels : arrivée de nouveaux acteurs disruptifs, guerre des prix, perte de parts de marché
- Risques technologiques : obsolescence de l'offre, retard dans la transformation digitale, cyberattaques
- Risques réputationnels : crise médiatique, mauvaise gestion des parties prenantes, non-conformité éthique
- Risques géopolitiques : instabilité politique, conflits commerciaux, sanctions économiques
- Risques environnementaux et climatiques : réglementation croissante, pression des consommateurs, impacts physiques du changement climatique
Identifier les risques ne suffit pas. Le plan stratégique doit également définir les réponses appropriées pour chaque risque majeur.
Ces réponses peuvent prendre quatre formes principales :
- Eviter le risque (renoncer à une activité trop dangereuse),
- Réduire le risque (mettre en place des contrôles),
- Transférer le risque (assurance, externalisation)
- ou Accepter le risque (lorsque le coût de mitigation dépasse le bénéfice attendu).
3. Lors du lancement de produits ou d'offres commerciales : maîtriser les risques de l'innovation
Les risques spécifiques au lancement de produits
- Risque d'inadéquation marché-produit : Le produit répond-il réellement à un besoin ? Les études de marché et tests utilisateurs sont essentiels pour valider l'adéquation avant un déploiement massif.
- Risques techniques et qualité : Défauts de conception, problèmes de fabrication, non-conformité aux standards. Un processus de contrôle qualité rigoureux et des tests approfondis s'imposent.
- Risques de timing (Time To Market) : Lancer trop tôt (produit immature) ou trop tard (concurrence établie) peut condamner l'initiative. La veille concurrentielle et l'écoute du marché permettent d'optimiser le calendrier.
- Risques de cannibalisation : Un nouveau produit peut éroder les ventes des produits existants. L'analyse du portefeuille et du positionnement relatif est cruciale.
- Risques juridiques : Violation de brevets, non-conformité réglementaire, problèmes de responsabilité du fait des produits. Une revue juridique préalable évite des contentieux coûteux.
L'approche par étapes : minimiser l'exposition au risque
- Phase d'idéation : validation du concept
- Phase de développement : prototype et tests techniques
- Phase de test marché : lancement limité, retours utilisateurs
- Phase de commercialisation : déploiement à grande échelle
Cette méthodologie, inspirée des processus de développement de nouveaux produits (NPD - New Product Development), permet d'échouer vite et à moindre coût si nécessaire, ou de pivoter en fonction des apprentissages.
4. Dans la gestion des projets : anticiper pour mieux réussir
Le registre des risques : pierre angulaire de la gestion de projet
- L'identification des risques (description précise de chaque risque)
- L'évaluation qualitative et quantitative (probabilité, impact, criticité)
- Le propriétaire du risque (responsable du suivi)
- Les stratégies de réponse (éviter, transférer, atténuer, accepter)
- Les plans d'action et de contingence
- Le statut et l'évolution dans le temps
Les catégories de risques projet
- Risques de périmètre : dérive des objectifs, fonctionnalités non définies, changements de priorités
- Risques de délai : retards fournisseurs, sous-estimation de la charge, dépendances critiques
- Risques de coût : dépassements budgétaires, inflation, variations de change
- Risques de ressources : indisponibilité de compétences clés, turnover, conflits d'allocation
- Risques techniques : complexité sous-estimée, choix technologiques inadaptés, problèmes d'intégration
- Risques organisationnels : manque de sponsorship, résistance au changement, communication défaillante
Les réunions de revue des risques
- Mettre à jour le registre des risques
- Identifier de nouveaux risques émergents
- Réévaluer les risques existants
- Suivre l'efficacité des plans d'action
- Décider de l'escalade de certains risques au niveau supérieur